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les vies minuscules de madame H.

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30 septembre 2013

L.L

Elle s'appelle L.L.

Son nom de famille se cache dans son prénom. On l'entend tout entier, à l'exception d'une lettre qui serpente sa vie ailleurs. 

L. se la joue frivole, du type ravissante idiote : elle papillonne à défaut de s'envoler, rit bruyamment, caresse comme on se cramponne avant d'être emporté. 

L. se donne en spectacle, fait rire les uns, hurler les autres, se perd un peu plus dans la rumeur qu'elle provoque. Clown triste, parfois blême quand le maquillage se fissure. Mais ça n'arrive qu'à peine. En matière de maquillage, L.assure.

L. est un puits d'insondable tristesse. Et comme tout gouffre, elle aspire les autres au fond. Tout au fond. Pour ne pas être seule. Pour ne pas être triste. Pour ne pas avoir à penser à ce qui lui manque ni à ce qu'elle est.

L. est un reflet prisonnier d'un miroir. Elle ne cogne plus depuis longtemps contre la vitre sans tain ; elle sait que personne ne daigne vraiment la voir.

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4 décembre 2011

La voix de Dominique A

Parfois, madame H. se laisse aller à écouter les chansons de sa jeunesse,

Celles de ses 20 ans, celles qui caressent et celles qui blessent

De trop de souvenirs. Parfois, madame H. écoute Dominique A.

Il chante la vie "monochrome" de sa douce voix mélancolique

Et l'absence et la nostalgie... Et madame H., par la voix emportée

A le coeur prêt de chavirer

24 novembre 2011

un soir sur la ville

Parfois, le soir, on se croiarit dans une série noire : la bruine, le halo des réverbères, celui des phares dans le brouillard.

Les gens circulent, maussades, pressés, des blocs qui disent non.

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L'appareil en main, j'étais au chaud dans la salle d'attente du médecin. Surplombant la ville, j'étais bien là, à faire mes réglages, à changer mon point de vue.

Quand j'ai baissé l'appareil, j'ai découvert le visage d'un homme en contrebas. Il me regardait, la main en visière, il me regardait et ne comprenait pas. Lui aussi, j'aurais voulu capturer son image, son beau visage de sphinx en forme de point d'interrogation. Mais de cela, point. Il fallut entrer en consultation.

17 novembre 2011

en refermant la porte

Ce matin, madame H. s'en est allée en refermant la porte sur ses petites filles endormies

pour s'enfoncer dans le brouillard

Et n'en est plus sortie depuis.

15 novembre 2011

retour

Madame H. est un peu lasse, elle serait tentée de se laisser aller à l'amertume

Puis il est 17h au coin de la rue, elle lève les yeux

Et se laisse prendre à l'aura accrochée aux arbres de l'allée

Or, vieil or, plein les yeux.

 

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4 novembre 2011

vibriollonnement

Madame H. dans le froissement jaune de l'automne, se laisse inonder par cet or qui vibriollonne à ses oreilles.

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L'automne, plus que toute saison, sait réveiller l'enfance embusquée des chasses aux marrons, des champignons jamais trouvés, des promenades du dimanche en forêt quand le chien s'était jeté à la rivière en croyant sauter dans un chemin en contrebas. De l'automne, j'aime, mais comme tout le monde, les couleurs, mais aussi les odeurs de terre mouillée, de terre noyée, d'humus et de fleurs, feuilles, fruits en fermentation.

2 novembre 2011

d'autres vies que la mienne

 

D’Emmanuel Carrère, je connaissais les portraits en blouson de cuir et la réputation de mec cool qui fait fie des conventions. J’avais été séduite par la manière dont l’une de mes collègues de travail était entrée en contact avec lui : il avait donné uneadresse mail dans l’un de ses romans. Elle lui avait écrit et il avait répondu bien longtemps après ; mais tout de même, quel écrivain vous laisse sescoordonnées ? Bref, cette personnalité là me plaisait.

D’Emmanuel Carrère, je connaissais les dix premières pages d’Autres vies que la mienne, mais pas plus.
Deux mois après avoir accouché de Salomé, lire la disparition d’une petite fille, la douleur de sa mère et des siens, c’était trop dur. Vous souvenez-vous du Kourks, ce sous-marin russe qui a coulé avec tout son équipage il y a environ quinze ans ? Les pauvres garçons ne pouvaient pas être sauvés et allaient vers une mort certaine, prisonniers de la sombre carcasse de métal. La presse en a fait un battage monstre et moi, j’ai joué les Cassandre pendant plusieurs jours, obsédée par leur mort et la peur de leur lente agonie. Jusqu’à ce que Mamicole ne me prive d’informations. Bref, revenons à notre roman… Je sanglotais, le livre entre les mains, comme si cette vie brisée était la mienne. Pourtant, je reconnaissais déjà que l’écrivain faisait preuve de grandeur d’âme en évitant tout pathos. Mais bon, cœur de mère a besoin de repos, je rendis le livre à la bibliothèque.

Emmanuel-Carrere_Baltel-Sipa

Ce n’est qu’il y a un mois que je décidai qu’il était temps pour moi de rouvrir ce livre, d’affronter ses démons et d’en ressortir vainqueur. Comme j’ai bien fait ! Quel étrange objet que cet ouvrage, quel étrange auteur qu’Emmanuel Carrère ! Au départ, il y a ce livre de deuil qui utilise la matière personnelle pour la transcender. C’est moins poétique que dans Sarinagara de Philippe Forest ( Ah, ce livre ! Un chef d’œuvre, dont je n’ai jamais pu parler faute de mots… Silence imposé par les plus grands ! ), mais c’est un mélange détonant de minutie, de précision et de témoignage vibrant, dans lequel l’auteur-narrateur s’affuble de la personnalité du médiocre confronté à des événements qui le dépassent et face auxquels il n’est pas à la hauteur. Puis, vient la biographie de sa belle-sœur, ignorée de lui jusqu’à sa mort, et qui serait passée inaperçue si l’un de ses amis ne lui avait pas consacré une drôle d’oraison funèbre, déclaration d’amour platonique cachée sous les oripeaux d’une dissertation de philo : Qu’est-ce qu’être un grand juge ? Eh bien, si je n’ai pas vraiment trouvé la réponse dans ce qui a suivi, je peux vous dire que j’ai su, par contre, ce qu’est un grand écrivain. C’est quelqu’un qui, tel Emmanuel Carrère, vous embarque dès la première page, dans une série d’histoires dont vous ne saisissez pas forcément les liens, qui ne vous lâche pas et qui parvient à vous passionner avec l’histoire des textes de lois. Si, si ! Et pourtant, je peux vous assurer que le mot droit suscite en moi une insupportable envie de dormir… Dans ce roman, on vit
la succession des textes comme une véritable épopée, on explose de joie à la lecture des ruses des magistrats pour déboulonner les organismes tels que Cofinoga, on exulte face aux petites batailles qui se jouent dans les petits tribunaux de province mal reconnus.

J’ai une grande réticence face à ce courant qui fait que beaucoup d’écrivains exposent leurs vies sur la place publique, mais je sais extraire le bon grain de l’ivraie. Si Emmanuel Carrère ne s’est pas montré à la hauteur du Tsunami lorsqu’il l’a vécu ( mais ça, il n’y a que lui pour le savoir ), il s’est montré digne de la confiance de ses proches en écrivant ce livre splendide.

1 novembre 2011

Blessure cinéphile

Non, la perspective du retour n'a pas encouragé madame H. à commettre l'irréparable...

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Sur le chemin du cinéma, le pied d'une barrière l'attendait en embuscade. Le traître l'a fait trébucher et retomber lourdement sur le pavé. Que croyez-vous qu'à l'instant madame H. pensait ? Que la foule des badauds, flâneurs et acheteurs compulsifs allait penser que cette dame en pardessus vert devait être atteinte d'ivresse. Puis, alors que son mari fendait le flot des passants pour lui porter secours, elle mit la main dans la main secourable d'un étudiant à lunnettes qui lui sourit. Une autre jeune femme lui proposa d'aller lui chercher un peu d'eau pour se remettre. Non, le lait de la tendresse humaine n'a pas tari tout à fait, pensa-t-elle. La suite ?

Le béton est dur et la peau de madame H. encore fragile. Le résultat : un pansemnt auquel j'aurais voulu scotcher des bracelets de perles pour penser un peu plus à Virgin Suicides de Sofia Coppola, une estafilade sur un bras, un pouce foulé de l'autre côté, une plaie superficielle à un genou et une heure et demie de rêve début de siècle devant Un monstre à Paris.

26 octobre 2011

départ

Demain, madame H. se lèvera tôt et partira dans la nuit. Elle refermera la porte sur son mari et ses filles endormis, remontera les rues en soufflant des nuages devant elle, attendra et prendra un premier train pour Paris.

De la ville Lumière elle ne verra rien, tout juste quelques néons jaunâtres dans des couloirs de métro. Elle ne les remarquera pas, toute occupée qu'elle sera à l'idée d'arriver à l'heure pour ne pas manquer un autre départ.

Quoi qu'il arrive, elle montera dans le train du rêve en partance vers le sud, vers son Sud, celui qu'elle a laissé derrière elle il y a six ans. Le temps cheminera tout au long de la carcasse métallique, filant à la même allure, fendant les villes et les champs. Elle observera la vie, notera sans doute quelques débuts d'histoires, puis, à Montauban, son coeur battra la chamade.

A peine une demie-heure plus tard, elle sera arrivée. Toulouse.

Toulouse et ses habits de fête, Toulouse et ses relents catalans, son histoire d'amour avec le soleil qui rend sa pierre si rose. Ou Toulouse sous la pluie, avec son charme de carte postale délavée, dont il fera toujours bon battre le pavé à la rencontre de mon fantôme.

20 octobre 2011

melody in grey

Madame H. a parfois l'impression de mourir à petits feux dans sa banlieue. Mais peut-on réellement regretter une vie à laquelle on a consenti à défaut de l'avoir choisie ?

D'autres fois, grand calme dans ma tête et sur la ville.

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